Knowledge Hub

Case Story : Notre bénéficiaire andererseits

Écrit par:

Alexandra Borchardt

Comment créer une organisation médiatique inclusive et rentable ? « Andererseits » fait du journalisme avec et pour les personnes handicapées. Dans la vidéo, Clara Porak et Lukas Burna expliquent ce qui leur tient particulièrement à cœur. L'étude de cas montre quelles décisions permettent la croissance, avec des enseignements concrets sur les stratégies abonnement, le développement de produits, les modèles organisationnels et le travail basé sur les données.

« Notre histoire est une histoire de focalisation »

L'histoire de la création

Clara Porak, âgée d'à peine 21 ans et journaliste indépendante pour des magazines, est déjà frustrée par le secteur. Elle a étudié les sciences de l'éducation et écrit principalement sur les personnes dont la liberté de mouvement est limitée en raison d'un handicap. Elle s'y connaît bien, son frère est atteint du syndrome de Down. Les médias auraient volontiers acheté de tels articles, dit-elle, mais elle s'est vite lassée d'écrire sur les personnes handicapées. Elle estime qu'un changement de perspective est nécessaire. Les personnes concernées devraient pouvoir s'exprimer elles-mêmes. En mars 2020, elle publie donc un tweet qui aura des conséquences importantes. Elle écrit : « J'aimerais essayer de faire du journalisme avec des personnes handicapées. » D’autres journalistes aux besoins similaires adhèrent tout de suite au projet. En pleine pandémie, un groupe de professionnel·les des médias engagé·es se réunit et décide de créer un média. Après une période d'essai, les membres du projet, et notamment les personnes handicapées, sont déterminés à être rémunérés pour leur travail. C'est une décision claire en faveur d'une entreprise médiatique professionnelle. Clara Porak et Lukas Burnar fondent alors la société Andererseits GmbH, dont ils sont toujours directeur·ices. La recherche de sources de revenus commence. 

Quel problème Andererseits souhaite-t-il résoudre et pour quel groupe cible ?

Andererseits se concentre sur trois besoins fondamentaux : Premièrement, les recherches et les produits ouvrent un espace pour les personnes handicapées, dans lequel elles se sentent vues et entendues – dans les reportages traditionnels, elles n'apparaissent guère comme protagonistes, sauf si elles sont réduites à leurs limitations. Deuxièmement, ils couvrent le besoin d'information. Selon Clara Porak, les médias traditionnels ne sont pas utilisables pour de nombreuses personnes handicapées. Troisièmement, Andererseits apporte une perspective nouvelle et authentique dans le paysage médiatique. 

De cette manière, plusieurs groupes cibles sont principalement visés : les personnes handicapées, leurs proches et ceux qui travaillent avec des personnes limitées dans leur vie quotidienne. En outre, les utilisateurs politiquement engagés ou ceux qui apprennent l'allemand ont également recours aux produits d'Andererseits. Ils bénéficient d'un langage simple.

Qu'ont fait les fondateurs : un développement par étapes

Étape 1 : création Huit collègues avec et sans handicap se sont associés en 2020. Ils ne se sont pas donné de structure et n'ont pas de stratégie. C'est la pandémie, le moment est venu d'essayer. L'équipe commence avec un site web, un compte Twitter et un compte Instagram. L'équipe s'agrandit pour compter 15 à 20 personnes avec et sans handicap qui travaillent bénévolement. 

Phase 2 : première poussée de croissance En 2022, lors d'une réunion à huis clos, l'équipe décide : « Nous voulons nous professionnaliser. » La société nouvellement créée reçoit sa première subvention. Un financement participatif est lancé. Il rapporte 40 000 euros. Cela marque le début d'une croissance constante. Le premier d'une série de films, l'enquête « Das Spendenproblem » (Le problème des dons) sur un gala de dons autrichien, fait connaître l'entreprise à un public plus large et remporte de nombreux prix journalistiques. Clara poursuit sa formation d'entrepreneuse. En tant que boursière du Journalism Innovators Program de la Hamburg Media School, elle apprend beaucoup sur la création d'entreprise, qu'elle met immédiatement en pratique. Dans un groupe de 15 boursiers, elle donne le meilleur pitch.

Phase 3 : diversifier et tester En 2024, Andererseits lance un magazine papier, contrairement aux recommandations des experts qui ne voient aucun avenir dans l'imprimé. Pour l'entreprise, cela a été une étape importante pour fidéliser la clientèle, explique Clara Porak, le magazine étant aujourd'hui un produit d'abonnement central. Afin de générer des revenus, l'équipe teste plusieurs choses : publicité dans la presse écrite, ateliers de transmission des connaissances sur l'inclusion et l'accessibilité, collaboration avec des institutions du secteur social et des écoles. Cependant, la plupart des projets restent des activités secondaires. La publicité numérique dans la newsletter fonctionne bien, mais il n'y a qu'un seul espace publicitaire par semaine.

Phase 4 : se développer, se concentrer, se professionnaliser Grâce au soutien du Media Forward Fund, Andererseits peut à nouveau se développer en 2025. Environ la moitié des fonds proviennent du Media Forward Fund, l'autre moitié des revenus des abonnements. On compte désormais 3 000 abonnés payants qui ont accès à tous les produits numériques et reçoivent le magazine. L'équipe passe de cinq à douze employés, soit 7,5 équivalents temps plein. En 2026, Andererseits se concentre à nouveau davantage sur les abonnements avec un objectif clair : le nombre d'abonnements doit passer à 7 000 cette année afin de maintenir les emplois. Tout le monde peut le lire sur le site web. « Nous sommes toujours revenus aux abonnements, c'est notre base », explique Clara Porak. Tout le reste n'est que des activités supplémentaires. L'organisation doit également continuer à se professionnaliser, avec des rôles clairement définis pour tous les employés. 

Comment l'entreprise est-elle organisée et qui prend les décisions 

Andererseits est actuellement organisée en association, dont chaque employé est membre. L'association est propriétaire de la société de médias Andererseits gFlexCo. Toute personne travaillant depuis plus d'un an est membre et chaque membre dispose d'une voix. Les décisions importantes sont soumises au vote. Les deux directeurs généraux doivent également justifier leurs décisions. Au sein de la direction, Burnar se concentre davantage sur le développement de l'organisation, tandis que Porak s'occupe principalement du développement des produits. Sur les douze employés, qui travaillent tous avec des horaires différents, sept travaillent à la rédaction, les autres assurent le bon fonctionnement de l'entreprise. Une employée est responsable du marketing et de la communication, une autre de la stratégie d'abonnement. « Nous n'attendons pas d'elle un résultat concret chaque semaine », explique Porak. D'autres se chargent des tâches administratives. Il y a une personne responsable de chaque format au sein de la rédaction. L'inclusivité est également une condition sine qua non au sein de l'organisation. 

Comment Andererseits décide des produits

Dans le développement des produits, l'accent est mis sur les « formats qui créent une habitude » . L'équipe a testé de nombreux formats avant de les abandonner. Parmi eux, un podcast et une chronique dans la newsletter. Il existe des indicateurs de performance clés (KPI) pour chaque format. Clara, en tant que directrice générale, est elle-même responsable du développement des formats. « Il est plus facile de rejeter mes propres idées que celles de quelqu'un d'autre. » Pour cela, elle discute régulièrement avec les utilisateur·ices. Si un produit n'est pas bien reçu, il est supprimé. « Si je parle aux abonné·es du magazine et que six d'entre eux·elles ne savent pas que nous proposons une newsletter sur abonnement, c'est que celle-ci n'est probablement pas assez bonne. » Pendant la phase de test, l'équipe chargée d'un produit est réduite au minimum. Si le produit fonctionne, il est transféré à la rédaction et peut alors être conservé. Bien sûr, le rapport coût-bénéfice doit également être correct. Le podcast, par exemple, a été très coûteux à produire et le chemin entre le podcast et l'abonnement était trop long pour la plupart des utilisateurs.

Quels sont les principes journalistiques applicables

Il existe des principes clairs sur le fonctionnement du journalisme, la signification de la qualité et les principes narratifs, explique Clara Porak. L’essentiel, c’est une recherche extrêmement poussée, l'accessibilité et une structure narrative claire avec une perspective un peu « différente ».

« Par rapport aux médias classiques, nos textes sont très différents, le ton narratif est différent, la langue est beaucoup plus simple », explique Clara Porak. C'est précisément ce qui a motivé la création d'Andererseits, car c’était ce qui coinçait pour les rédacteur·ices en chef ayant une conception traditionnelle de la qualité. Ce qui est souvent difficile pour les autres rédactions est essentiel pour les créateur·ices : se mettre à la place du public. « Chez nous, personne n'est là que pour son épanouissement personnel. » Mais les qualifications de l'équipe doivent également refléter l'avenir, par exemple la tendance à utiliser davantage la vidéo. « Nous devons tous savoir faire de la vidéo afin de rester adaptables. »

Comment Andererseits mesure son succès

Mesurer les succès afin de stimuler la croissance de manière ciblée est essentiel pour Andererseits. À toutes les étapes du funnel – de la génération d'utilisateurs à la création d'une audience, en passant par la conversion en abonnés et leur « fidélisation » –, l'équipe suit une stratégie claire en matière de données. Des enquêtes approfondies auprès des utilisateurs complètent les données quantitatives collectées à l'aide d'outils conventionnels. Chaque format a des indicateurs cibles, et les mesures marketing sont mises en œuvre en conséquence. Les taux de croissance et de conversion sont particulièrement importants pour Andererseits. Grâce à cette stratégie axée sur les données, la portée sur le canal Instagram a par exemple augmenté de 55 % en 2025, pour atteindre 42 000 abonnés. La newsletter gratuite a été lue par 21 000 personnes, soit deux fois plus que l'année précédente, et le nombre d'abonnements a également augmenté de 50 %. 

Qu'est-ce que l'équipe a appris de ses succès et de ses erreurs ?

Voici ce qu'en dit Clara Porak :

  • Il est extrêmement important de concentrer le travail. Mieux vaut en faire moins, mais bien. « Notre histoire est une histoire de focalisation. Nous avons supprimé de nombreux formats. »
  • L'équipe est essentielle. Il faut travailler avec des personnes en qui on peut avoir confiance et qui sont prêtes à prendre des responsabilités.
  • Les structures décisionnelles sont importantes. « Si nous avions toujours fait ce que je voulais, cela n'aurait pas fonctionné. » Pour Clara Porak, le fait que les décisions soient prises collectivement fait partie du succès. Car les meilleures idées viennent souvent de ceux·elles qui ne sont pas souvent écouté·es.
  • Avec les organisations externes, nous avons développé le sens de celles qui nous soutiennent et celles qui ne le font pas. On ne travaille qu’avec les premières, même si c’est parfois moins lucratif.
  • Le secteur est dominé par les hommes et les blancs. Les personnes issues de l'immigration, les personnes marginalisées et les (jeunes) femmes gagnent à oser et créer leur entreprise. « On surestime la difficulté de diriger une entreprise. »
  • La formation continue est importante. « Nous faisons simplement ce que l'on nous enseigne dans les cours. »
  • Il faut oser demander des faveurs aux gens. C'est plus facile quand on a une mission. 

Ce que la fondatrice ferait différemment la prochaine fois

Croître plus lentement et baisser la pression, dit Clara. « Actuellement, nous connaissons une croissance très agressive et créons des emplois, mais cela représente des coûts que nous devons récupérer en augmentant notre chiffre d'affaires. » La prochaine fois, elle aimerait faire l'inverse : croître de manière plus organique et s'accorder plus de temps pour les différentes étapes. 

Ce qui l'a le plus surprise

Elle a sous-estimé le temps nécessaire pour que chacun trouve sa place, explique Clara. Et en ce qui concerne l'argent : « Parfois, des sommes qui semblent énormes ne sont en réalités pas si grandes. » 

Son meilleur conseil pour les autres entrepreneur·es

« Connais tes valeurs et tes objectifs. » Andererseits, a poursuivi trois objectifs dès le début : l'inclusion, le journalisme indépendant et le travail équitable.

Clara Porak : « Quoi que nous essayions, si ça correspond à nos valeurs, nous le faisons, sinon, nous ne le faisons pas. » Si l'on souhaite simplement fournir du journalisme de qualité, il ne faut pas se lancer dans la création d'un média. Il faut également être enthousiaste à l'idée de créer une organisation.


Autrice : Alexandra Borchardt, chercheuse indépendante en médias, journaliste et consultante en stratégie
Photo : Media Forward Fund / Ivo von Mühlenen
Vidéo : Sympathiefilm


Dernière mise à jour: 12 février 2026

Articles connexes