Écrit par:
Alexandra Borchardt
Simon Berlin, du blog Social Media Watchblog, partage ses conseils pour créer une véritable communauté, explique quels indicateurs permettent de mesurer le succès et donne des orientations sur les plateformes adaptées pour toucher le public avec du contenu journalistique.
« Ceux qui créent leur entreprise en 2026 et misent sur des modèles commerciaux dépendant de Google ou du trafic social feraient mieux de jouer au loto. »
Actuellement, les données sont claires : pour toucher le public, le mieux pour les journalistes est de passer par les plateformes qu'il utilise. Selon le Digital News Report du Reuters Institute, il s'agit principalement de Facebook, YouTube et Instagram pour toutes les générations, TikTok étant en forte croissance. Mais les observateurs mettent en garde : en moyenne, le temps passé sur ces plateformes diminue. Les jeunes, en particulier, sont souvent agacés par leur propre consommation des réseaux sociaux, la haine et les discours incendiaires se multiplient, et des initiatives politiques visent à éloigner les enfants des réseaux. Alexandra Borchardt a interrogé Simon Berlin, du Social Media Watchblog, sur la manière dont les entrepreneur·es peuvent se positionner dans ce contexte délicat.
Quelles est le réseaux social incontournable pour les entrepreneur·es médiatiques en 2026 et pourquoi ?
Avis controversé : aucun. Pour se lancer dans le journalisme, il faut que les gens apprécient ce que l'on fait. La première condition pour créer une communauté est d'attirer l'attention. Cela passe par des podcasts, des newsletters, des blogs, des événements ou encore des plateformes. La question cruciale est donc : où puis-je atteindre des personnes susceptibles de devenir des fans ?
TikTok, YouTube, Instagram et Facebook conviennent (dans cet ordre) à des groupes cibles allant des plus jeunes aux plus âgés. Auparavant, les décideur·ses et les multiplicateur·ices étaient présents sur Twitter, mais l’actuel X est inacceptable. Aujourd'hui, on trouve ces personnes plutôt sur LinkedIn. Je pense que le potentiel de Twitch, Reddit et Discord est sous-estimé. En Allemagne comme ailleurs, ces plateformes connaissent une croissance rapide et permettent de créer des communautés fructueuses. Mastodon et Bluesky ne permettent pas de mobiliser les masses, mais ce n'est pas nécessaire. Le Fediverse peut être particulièrement utile pour les sujets de niche.
Mais au lieu de redoubler les efforts sur cinq plateformes en parallèle, il vaut mieux concentrer ses ressources. Une équipe qui prend les réseaux sociaux au sérieux ne communique pas à sens unique, mais travail vraiment à la gestion de sa communauté. Il ne suffit pas de suggérer un dialogue à la fin du Reel. Il faut ensuite répondre régulièrement aux commentaires et aux questions. Cela prend du temps, mais permet également de construire des relations durables. Les personnes qui reçoivent une réponse personnalisée se sentent valorisées. De nombreux éditeurs se contentent de publier et n'interagissent quasiment pas. Cela ouvre des possibilités pour les médias qui impliquent activement leur public.
Les données du Financial Times d'octobre 2025 montrent que les réseaux sociaux ont été le plus utilisés en 2022. Depuis, la tendance est à la baisse, en particulier pour les plateformes axées sur l'interactivité. À quoi les entrepreneur·es doivent-ils se préparer ?
Les réseaux sociaux sont littéralement en train de mourir. Ils n'ont plus rien de social depuis longtemps. Meta et TikTok construisent des arrosoirs à images animées, ce qu’on appelait autrefois la télé. Les grandes plateformes s'intéressent peu aux échanges sociaux ou au journalisme. Les médias font un hit au succès viral de temps en temps, mais il ne faut pas se promettre une audience constante et organique avec ça.
La création d'une véritable communauté est donc difficile. Un principe qui joue beaucoup, c’est que les gens suivent des personnes, pas des marques. Le journalisme sur les plateformes a besoin de visages et de personnalités. Cela ne signifie pas que tous les entrepreneur·es doivent s'adresser quotidiennement à une caméra. Mais peut-être existe-t-il un format qui donne un aperçu du quotidien de la rédaction et rend les personnes derrière l'entreprise plus tangibles.
Les algorithmes des entreprises de médias sociaux sont des boîtes noires, il faut constamment s'efforcer de comprendre leurs règles. Comment rester à la page et trouver un critère pour mesurer son propre succès ?
Il y a près de 20 ans, Kevin Kelly, cofondateur de Wired, a publié l'essai « 1000 True Fans ». Sa thèse : quelques fans valent mieux que de nombreux followers. Avec Martin Fehrensen, nous nous sommes inspirés de cette idée pour le Social Media Watchblog.
Nous ignorons la plupart des indicateurs des plateformes et nous nous concentrons sur un produit qui offre une valeur ajoutée à nos membres. On ne peut pas contrôler le fonctionnement d'Instagram ou de TikTok, mais on peut contrôler son propre contenu.
Je trouve que le nombre d'abonnés est particulièrement inutile. Il ne dit presque rien sur le nombre de personnes que l'on touche réellement au final. Je m'intéresserais plutôt aux interactions, en particulier au temps passé sur la page, aux commentaires (respectueux) et aux partages. Une personne qui partage quelque chose avec ses amis ou qui prend la peine de laisser un commentaire montre que cela est important pour elle.
Toutefois, sur les réseaux sociaux, les chiffres ne doivent jamais être le seul critère de réussite, mais toujours un moyen d'atteindre un objectif. On ne peut rien acheter avec 10 000 likes, mais avec dix nouveaux abonnements, si. Ceux qui créent leur entreprise en 2026 et misent sur des modèles commerciaux dépendant des réseaux sociaux ou du trafic Google feraient mieux de jouer au loto. C'est aussi une histoire de chance, mais au moins, les chances ne diminuent pas d'année en année.
Simon Berlin hat gemeinsam mit Martin Fehrensen mehr als 1.000 Ausgaben des Social Media Watchblogs verschickt. Der Newsletter startete vor 13 Jahren als Hobbyprojekt und ist mittlerweile ein kleines Medienunternehmen. Für die Analysen zahlen mehr als 8.000 Menschen aus 100 Organisationen aus Politik, Medien und Tech.
Dernière mise à jour: 11 février 2026